Miles Davis : Miles Smiles

23/09/2011 § Poster un commentaire

 

Miles Davis : « Miles Smiles » (Columbia, 1967)

Orbits
Circle
Footprints
Dolores
Freedom Jazz Dance
Gingerbread Boy

D’abord accompagnateur de Charlie Parker, Miles Davis se lance comme leader à la fin des années quarante. Il est d’emblée à l’avant-garde de la plupart des évolutions du jazz. « Birth of the Cool » , c’est lui. « Walkin’ « , le coup de clairon de la réaction hard bop contre l’esthétique cool, c’est encore lui. Les albums pour grands ensembles symphoniques qui ne se bornent pas à un vague accompagnement de cordes, c’est toujours lui et l’irruption de la modalité dans le jazz, c’est à nouveau lui, avec le mythique « Kind of Blue ». Bien sûr, on pourra objecter que d’autres ont joué un rôle important, voire pionnier, dans chacun de ces mouvements, et à raison. Mais chaque fois, c’est Miles qui enregistre les albums qui, à tort ou à raison, seront considérés comme des manifestes. De plus, ses groupes successifs sont les pépinières dont émergent les talents qui détermineront ensuite l’évolution de la musique. L’exemple le plus marquant d’un « Miles Davis alumnus » est sans doute John Coltrane, un musicien peu prisé avant qu’il ne  rejoigne Miles, un monument lorsqu’il le quitte et un gourou à sa mort, hélas bien trop précoce.

Le départ de Coltrane justement, qui se produit en 1960, disloque le premier quintette de Miles. Les quatre années suivantes sont consacrées à reformer un groupe capable de l’égaler. Le premier morceau du puzzle sera le bassiste Ron Carter, bientôt rejoint par le batteur Tony Williams, 17 ans à l’époque, et le pianiste Herbie Hancock. Après avoir essayé divers ténoristes, c’est finalement avec Wayne Shorter que la mayonnaise prend. Ces années sont celles de l’envolée du free jazz, que Miles, en retard d’une guerre pour une fois, fait mine de moquer. En réalité cependant, si Miles ne se « convertira » jamais au free comme le fait Coltrane, son nouveau quintette est composé de jeunes gens proches de ce mouvement et sa propre musique prend parfois des accents surprenants. Le groupe se rôde en concert (« Miles in Berlin » témoigne de cette époque) et se rend finalement vers le studio où il enregistrera six albums, dont les derniers annoncent la prochaine phase de la musique de Miles, le jazz-rock. Le chef d’oeuvre du groupe est sans doute le second de ces albums, « Miles Smiles ». C’est par ailleurs un album qui m’est cher : mon père le possédait en trente-trois tours (le produit d’un pari gagné et le seul disque de jazz « moderne » de sa collection lorsque j’étais enfant) et cette musique a été une de mes passerelles vers le jazz.

« Orbits », une compo de Shorter, est un morceau rapide et expérimental qui commence en fanfare. Hancock s’abstient pendant les ensembles et ne joue que de la main droite pendant son solo, comme il le fait d’ailleurs sur « Dolores » et « Gingerbread Boy ». Cela permet évidemment de dégager de l’espace et donne à ses impros un caractère moins pianistique. La structure du morceau n’est pas évidente à discerner, et à mes oreilles il est surtout ancré par les polyrythmes de Williams. « Circle » est fondé sur « Drad Dog » une compo antérieure de Miles. C’est une belle ballade méditative. Le premier soloiste est Miles. Il est suivi par Shorter dont le solo, plus traditionnel que d’habitude, introduit une nouvelle phrase musicale. Le solo de Hancock est un petit miracle d’équilibre éthéré, proche de la musique romantique. Footprints, à nouveau une compo de Shorter, reçoit ici un traitement nettement moins conservateur que sur son album « Adam’s Apple » (1966). C’est le morceau le plus long du disque, dont la mélodie angulaire et hypnotique s’efface sur une succession d’improvisations inspirées aux tempi toujours changeants, à commencer par celle de Miles lui-même. Carter est impérial de bout en bout. Sans surprise, ce morceau fera partie du fonds de roulement des concerts de Miles.

« Dolores » la troisième composition de Shorter, nommée d’après sa cousine, est sans doute le morceau de l’album où on entend le mieux que la musique n’a pas été répétée; il s’agit d’un morceau rapide qui permet aux musiciens d’expérimenter tout leur saoul, aux transitions et à la fin (quelques roulements de batterie) un peu rugueuses. « Freedom Jazz Dance » est une compo funky du saxophoniste Eddie Harris; Miles et les autres explosent totalement ce qui au départ est un blues assez classique et devient, malgré les raccords un peu échevelés, une mantra exécutée au pas de course. L’album se conclut sur « Gingerbread Boy », une mélodie composée par le saxophoniste Jimmy Heath, autre blues funky que le groupe disloque avec verve. Le tempo est frénétique, et les contributions de Carter et Williams (qui semble glué aux cymbales) particulièrement réussies. A la fin de la prise, on entend la voix brisée caractéristique de Miles qui s’adresse à Teo Macero, son producteur.

« Miles Smiles » porte à maturité l’aventure commencée avec « Kind of Blue ». Miles enregistera ensuite quelques très beaux disques dans le même idiome mais qui ne parviendront plus aux mêmes sommets d’inventivité. C’est sans doute la raison pour laquelle il va expérimenter avec des instruments électriques et finalement se diriger vers une musique appelée à l’époque jazz-rock mais qu’on ne peut aujourd’hui que qualifier de funk. J’y reviendrai sans doute.

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