Terry Callier : What Color Is Love

23/09/2011 § 1 commentaire

Terry Callier : « What Color Is Love » (Cadet, 1973)

Dancing Girl
What Color Is Love
You Goin’ Miss Your Candy Man
Just As Long As We’re In Love
Ho Tsing Mee (A Song Of The Sun)
I’d Rather Be With You
You Don’t Care

Terry Callier est un musicien dont la carrière a commencé pendant les années soixante et qui, par malchance sans doute, n’est pas parvenu à percer malgré ses qualités évidentes. Il a même du abandonner la musique pendant dix-sept ans. Curieusement, il est redécouvert lors de la vague acid-jazz et a pu, pour notre plus grand bonheur, reprendre le fil de sa carrière musicale. On le compare régulièrement à Curtis Mayfield, un ami de jeunesse d’ailleurs, quand on ne le qualifie pas carrément de Nick Drake noir.

Terry est né à Chicago le 24 mai 1945.  Dès l’adolescence,  il joue dans des groupes de doo-wop. A dix-sept ans, il se voit offrir un contrat de disque, proposition qu’il refuse sur instruction de sa mère qui tient à ce qu’il fasse des études. Arrivé à l’université en pleine vague folk, il commence sa carrière de musicien professionnel guitare à la main en se produisant dans les cafés que fréquentent les  folkeux. C’est aussi à cette époque qu’il assiste à un concert de John Coltrane, qui vient d’enregistrer « A Love Supreme ». C’est une énorme claque, et l’intensité émotionnelle de la musique de Coltrane et de ses troupes influencera durablement Terry. Il enregistre son premier album en 1965, mais malheureusement le producteur qui décide de tout quitter et de se ressourcer dans le désert avec les indiens Yaki emporte les bandes avec lui ! Prestige publie finalement, dans l’indifférence générale, ces enregistrements sur l’album « The New Folk Sound of Terry Callier » en 1968. Ce n’est pas encore le Terry que nous connaissons mais il y a déjà une petite musique bien à lui qui perce. Terry continue à jouer dans des clubs et écrit entre-temps des chansons pour la compagnie de disques Chess. Une de ses compositions, « The Love We Had (Stays On My Mind) » est enregistrée par The Dells et devient un tube. Ce succès vaut à Terry un contrat avec Cadet, un sous-label de Chess plus orienté jazz. De 1972 à 1974, il enregistre trois albums classiques, « Occasional Rain », « What Color Is Love » et « I Just Can’t Get Enough ». Ce seront des succès critiques mais des échecs commerciaux. Il fait ensuite des tournées, notamment en première partie de Gil Scott Heron et George Benson, et passe chez Elektra où il enregistrera encore deux albums. En 1983 Terry, dégoûté par l’industrie du disque et désireux d’assurer un foyer stable à sa fille de douze ans venue vivre chez lui, met un terme à sa carrière musicale. Il devient programmateur informatique et est engagé par la University of Chicago. Il sera redécouvert par des DJ britanniques de la scène acid jazz à la fin des années ’80, recommence à donner des concerts au début des années ’90 et enregistre finalement un album en 1998, « Timepeace », primé par les Nations Unies.  C’est à cette occasion que l’Université apprend que Terry mène une carrière musicale pendant ses vacances et week-ends et… décide sympathiquement de le licencier ! Le succès et la reconnaissance sont enfin au rendez-vous et Terry a depuis cette époque enregistré plusieurs magnifiques albums, dont de très beaux disques de concert.

« What Color Is Love » est le chef-d’oeuvre du Terry première manière, et la pochette célèbrissime donne bien le ton de l’album. Les arrangements de Charles Stepney sont somptueux, veloutés au point de risquer à tout moment de basculer dans le kitsch le plus abject. L’album s’ouvre sur « Dancing Girl », une chanson qui commence tout doucement pour progressivement prendre du volume en passant par différents changements de rythme. La voix de Terry est superbe, notamment dans la section scattée. « What Color is Love » est une balade méditative dont le texte, pour traiter d’un sujet convenu, ne manque pas de poésie. De manière caractéristique, la chanson se termine sur une note triste: « when it’s over does it show/does it leave an afterglow/and I really want to know/what color is love ». « You Goin’ Miss Your Candyman » vient fort à propos mettre un peu de piment dans ces rivières de douceur. Un bon riff à la basse pour introduire le sujet et Terry embraye sur une classique remontrance à la femme qu’on quitte. Les cuivres et les bongos appuient le propos juste ce qu’il faut et Terry nous montre qu’il n’est pas qu’un spécialiste des douceurs un peu amères. « Just As Long As We’re In Love » nous ramène fermement sur le terrain de la ballade; c’est sans doute également la chanson la moins réussie de l’album, en raison principalement de l’arrangement un peu mièvre – ce choeur et ces violons qui oscillent entre Burt Bacharach et Las Vegas étaient-ils réellement indispensables ? Mais bon, ça reste parfaitement audible. « Ho Tsing Mee (A Song Of The Sun) » est une chanson anti-guerre, un exercice imposé à l’époque, mais à nouveau une belle réussite. « I’d Rather Be With You » est une nouvelle balade de fin de soirée dont le thème un peu banal n’a pas nui au texte. L’album se termine sur « You Don’t Care », au texte plus que concis chanté par le seul choeur et occasion d’une dernière orgie instrumentale.

Âmes sensibles, ruez-vous dessus et consommez sans modération !

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